vendredi 23 juin 2017

TROIS POEMES D'ARNAUD MARTIN (Verso n°169)



Ce sang entre mes jambes
L’innommé qui se crie


Au seuil d’un sexe
Qui donne la mort


L’avènement de l’autre


*


Par le bris du miroir
J’ai construit mon corps


Je l’ai dressé


Par mon œil
Je suis sorti de ta gangue


*


Mort-né


Je suis au monde
Un homme devenu


Non pas
Par les mots de l’enfant


Mais par la perte

mardi 20 juin 2017

LIRE "ECHELLES" D'ALAIN WEXLER



« Ce qui va éclore n’étant pas encore » (chronique de Miloud Keddar sur « Echelles » d’Alain Wexler)



Viendra qui n’est pas venu encore. L’échelle est en bois, palier et escalier et c’est « Echelles » d’Alain Wexler. Une échelle en bois sur l’arbre d’où elle ne vient pas. Etrangère au tronc et aux branches sur lesquels elle se hisse, cherche-t-elle à épouser un autre bois, si seulement par lui elle s’élève vers « le naître de l’œuf », ou pour que deux mains se joignent dans « l’épousaille », un bois-femme et un bois-mâle ? Ou est-ce simplement prier l’oiseau d’un ailleurs (il y a depuis fort longtemps que le rêve de l’homme est de naître sous une carapace ou une coquille et d’avoir les pieds sur terre et la tête dans l’azur) ? Ne dit-on pas d’ailleurs venir de l’arbre, nous rétorquera Alain Wexler ? C’est l’homme qui monte, la femme est déjà tout en haut, elle s’est déjà habillée de verdure et d’azur ! Et n’y a-t-il pas un lien évident entre le dessin « La femme-arbre » de Barbara Le Moëne et « Echelles » d’Alain Wexler, du tronc de l’arbre naissent les branches et des branches naissent les feuilles, nous, un oiselet à naître sous tous les pinceaux et crayons et plumes de tout artiste ? Dans le changement perpétuel, dirait Léo Ferré ? Et en effet il y a une recherche permanente sur les mots et leur sens chez Alain Wexler, et ce depuis « Récifs », « Tables » et « Noeuds » et maintenant « Echelles » (tout ce qui fut publié à ce jour, disons). Le bois, l’œuf, la femme, l’eau, le contenant et le contenu, notre terre et son azur, questionne Alain Wexler pour asseoir les mots qui ne seront jamais définitifs. N’y voyez-vous pas un signe dans les titres : un nom commun, sans article et toujours au pluriel, car ce n’est pas Echelle que questionne Alain Wexler mais ce qui a d’Echelles dans une Echelle, ce qui a d’homme et de femme dans l’union que nous voulons l’humain. L’eau d’un fleuve ou du cours d’eau est pour Alain Wexler un ensemble de gouttes d’eau avant tout et il en est ainsi des mots : écrits tels, il suffit d’en changer des consonnes ou des voyelles tout en gardant la musicalité pour accéder à un ailleurs du mot. Ou encore : un œuf, on ne sait pas, s’il sera moineau ou mésange (ceci est un exemple !). Il y a quelque chose de commun qui se niche dans l’universel et tout cherche l’ordonné dans le désordonné et c’est cela la singulière poésie d’Alain Wexler. L’homme habite l’arbre, mais jamais sans la femme ! Et, je relève, l’eau ne nourrit pas seulement « l’autre nature », l’eau nourrit l’eau. On est au carrefour de soi pour mieux être celui de l’autre !

Pour clore cette prose que je veux en quelque sorte introductive aux travaux d’Alain Wexler, quoi de mieux qu’un extrait de « Echelles » :



« La chaise est l’ombre d’un autre,

Pliée en quatre,

Juste une ombre avec des jambes

Dessin en creux de la chaise qui attend

Qu’un sujet le remplisse.

Mais qui pourrait donc remplir cette carcasse,

Debout, face au désert,

Dont le vent caresse les bâtons ? »



Lire Alain Wexler, c’est accepter les remuements !


Alain Wexler, Echelles. Editions Henry, 2009

mardi 6 juin 2017

VARIATIONS-VERSUS



« Variations-versus » de Miloud Keddar sur trois peintures de Jacques Valette


1 « Pétales jaunes » :
Ô Beauté –oiseau ailé-
Et l’orange-soc
Abonde sur la Terre,
Hymen que déchire
Le « Bleu du ciel » où un
Enfant vient de naître (Ciel
Et Terre –mais dans quelle
Verticale te
Retrouverons-nous ô Beauté ?



 
2 « Ne viens pas » :
Griffer la toile d’un
Côté. Cerceaux, non
Cercles -non concepts !
Déchirer le voile, mettre
À nu par le « Bleu du ciel »
Nos poèmes
Écrits ou peints. (Ô Beauté)
Ô Beauté que griffent les
Alouettes sain(t)es qui
T’élèvent pleine (ô Beauté !).




3 « Sans titre »
Le ciel vient
Là où la terre l’accueille,
Terreuse en son jour, la terre
 –et ciel
Et terre se remémorent leurs morsures,
Par le marron et le bleu,
Par des traversées. Des cerceaux
De terre et de ciel et déchirés et
Voulus sans noms
-Sans titre-
Mais par seuls les mots et
La couleur. Le ciel, la terre,
Griffés en notre nom, par
La Beauté que
Nous espérons en eux,
Oblique ô là la Beauté !