lundi 11 juin 2018

"LA TENTATION" d'Alain Wexler


Alain Wexler vient de publier "La tentation" aux Editions Henry.

Patrice Maltaverne rend compte de ce recueil sur son blog "Poésiechroniquetamalle" :

"Voilà un livre qui est intéressant à plus d'un titre.

"La tentation", d'Alain Wexler, publié par les Éditions Henry, est tout d'abord intéressant pour des raisons, je dirais, externes.

Il apporte la preuve qu'un revuiste (Alain Wexler anime la revue Verso depuis 1977) peut être un bon, voire un très bon poète, et du moins, a le droit d'être reconnu en tant que poète. Et cela, poètes publiés en revues (je suis bien placé pour le savoir), vous l'oubliez régulièrement et vous l'oublierez dès demain, concentrés que vous êtes sur vos propres textes qui ne sont pas plus mauvais, mais pas  non plus meilleurs que ceux de votre revuiste !...

Ensuite, en ayant publié 5 livres en 35 ans, Alain Wexler montre qu'on peut continuer à respirer quand même. À nouveau, prenez en de la graine, poètes pressés d'éditer et à qui l'édition n'apporte pourtant aucune joie durable !
Vous êtes trop nombreux, tout comme vos livres, et personne ne s'en souvient ! Mais vous continuez quand même à espérer quelques chimères...

En tout cas, je me souviendrai de "la tentation", qui, à mes yeux, est, à ce jour de juin 2018, l'un des deux ou trois meilleurs textes de poésie que j'ai lus cette année, ce qui n'est déjà pas une si mince affaire, rien que par rapport aux nombres de chroniques rédigées ici...

Bon, je ne vais pas disserter sur le fait de savoir si les poèmes d'Alain Wexler ressemblent à ceux de Francis Ponge. À mon avis, seuls leurs titres y ressemblent : "La lime", "La guêpe", "Les toits"...

À première vue, le lecteur voit qu'il est question de choses matérielles.

Cependant, certains mots sont beaucoup moins matériels : "Train de nuit", ou encore "La tentation", qui donne son titre au livre et qui pour moi, est une énigme.

Derrière ces titres se cache, en fait, une belle construction lyrique, qui n'est pas qu'une construction.

Ce qui me sidère, c'est qu'en parlant d'une seule chose, à chaque fois, Alain Wexler recrée la totalité d'un monde, dans lequel toutes les choses s'imbriquent. Et les mêmes choses reviennent souvent dans des textes différents. L'escargot, par exemple, qu'il m'a semblé voir ramper dans plusieurs poèmes. L'escargot qui pourrait parfaitement résumer cette poétique du tout.

Ce n'est pas en une seule lecture que vous épuiserez les mystères de "la tentation", d'Alain Wexler. C'est un livre qui vous tient chaud et vous apporte plein d'images à imaginer.

Extrait de "La tentation", d'Alain Wexler, la première strophe de "Train de nuit" :


"Ignoré, le voyageur se replie sur l'essieu.
Qui s'écarte de la nuit ?
Ô double destinée de l'acier
Qui déroules un lit sonore !
Un orchestre de percussions et de vents
Cloue le dormeur dans son lit.
Qui veut être seul ?
L'air du dehors ébouriffe l'insomniaque
Et s'engouffre dans l'accordéon.
L'insomnie lance
Des trains aveuglants à sa rencontre.
Les vents assourdissent les transports.
Les transports couchent le voyageur sur la voie.
Mais les transports raient le verre.
Comme un doigt sur la soie !
Les vents assourdissent les transports.
On efface toutes les gares.
Entre le départ et l'arrivée, l'accordéon s'étire
Et le son meurt dans la dernière gare.
La nuit et son cortège de vents mélancoliques
S'engouffrent dans l'accordéon,
Le voyageur, das un effort surhumain,
Tente d’assourdir le vent
Et ne replie que l'accordéon."
 
"La tentation" d'Alain Wexler est préfacée par Louis Dubost (son premier éditeur au Dé Bleu). Et l'illustration de couverture est d'Isabelle Clément.

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce recueil, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : http://www.editionshenry.com/

https://poesiechroniquetamalle.blogspot.com/2018/06/l.html?spref=fb


lundi 9 avril 2018

TROIS POÈMES INÉDITS DE CHLOÉ LANDRIOT




Prière




Je suis un peu trop loin de ce qui fait la vie
J’ai des envies de nuit, d’océan, de forêts
De belle solitude à aimer l’univers

Mais j’ai aussi appris qu’aimer ne suffit pas
A découvrir la clé des cœurs et que la joie
Se construit éphémère avec l’art du maçon

Ne m’enveloppez pas laissez-moi sur la terre
Laissez-moi dans la ville avec quelques enfants
Pour ce que j’ai à faire…

Les arbres suffiront…

*

Sauve-moi, ma colère,
Arrache-moi d’entre les bras du mort
Fais craquer les vieux os
Découple les épaules
Et arrache la croûte abjecte de la peur
Arrache, arrache, arrache
Arrache-moi le cri de ma gorge oppressée
Détruis
Les vieux murs de la peur dressés entre la vie
Et moi.

Sauve-moi, ma colère,
Arrache-moi d’entre les bras du mort
Qui cherche à m’infliger sa propre mort
Qui se délecte de la mort sans yeux et sans oreilles
Qui se délecte de la mort fondant dessous sa langue
Aliment putréfié circulant dans son sang
Et me dénie le droit
De boire à d’autres sources.

Sauve-moi, ma colère,
De ces regards de mort
De cette bouche de mort
Dont les mots empoisonnent.

Sauve-moi, ma colère,
Arrache-moi d’entre les bras du mort
Soulève de tes doigts mes paupières moisies
Mets à nu mes pupilles
Arrache, arrache, arrache,
N’aie pas d’hésitation
Pour que la lumière entre
Et brûle

Déchire
En lambeaux le linceul douteux du temps perdu
Où je n’étais pas moi dedans mon corps
Où mon âme avait fui
Abandonnant ma peau aux griffes langoureuses
Qui y ont dessiné des routes infinies
Par où le sel pénètre.

Rends-moi mon corps, ma colère,
Fais-moi y revenir
Porte pour moi le sabre des nuits salvatrices
Et des jours de combat
Revêts-moi
La tenue de combat

Mais n’oublie pas enfin
Quand tout sera fini
Quand la victoire sera
Eclatante
De déposer les armes
Et de veiller sur moi
‒ Compagne inespérée de la vie retrouvée ‒
De veiller sur moi.

*

Que la joie préside à tous mes actes
Que la source première
Soit manifeste à chaque instant
Dans chacun de mes gestes

Que je garde ma vie
Le front sous la lame
Le cœur sans colère
L’élan dans tout mon être

Ô bienveillance !
Je t’emprunterai aux arbres
Je laverai mes mains à ton eau claire
J’instituerai ton règne en moi
Ô bienveillance !

Que je sois digne
De tout regard d’enfant
Posé sur moi comme un brûlant tison

Et que la joie préside !

Que mes actes se tiennent
Sur une ligne unique
D’amour et de beauté.

Chloé Landriot