jeudi 16 juin 2022

RUPTURES

 

Au sommaire de ce numéro :

 

Anne Barbusse, Patrice Blanc, Clément Bollenot, Georges Bourgueil, Benoît Briault, Henri Cachau, Valérie Canat de Chizy, Stéphane Casenobe, Lise Cassano, Parme Ceriset, Jeanne Chapel-Grenier, François Charvet, Valentin Degueurce, François Desodt, Arnoldo Feuer, Hubert Fréalle, Mélanie Fourgous, Willem du Hairon, Annie Hupé, Éric Jouanneau, Kiko, Gilles Lades, Gérard Lemaire, Lodi, Mermed, Pierre Mironer, Marie-Hélène Nocent, Ludovic Rembur, Éric Savina, William Shakespeare (traduit de l'anglais par Mermed), Laurent Thinès, Charles Vanecke, ainsi qu'un récit de Carole Dailly.

Chroniques de  Marinette Arabian (souvenirs), Pierre Mironer (poésie), Christian Degoutte (revues), Lodi, Armelle Chitrit, Valérie Canat de Chizy, Alain Wexler (recueils de poésie).
 
 
Extraits

Clément Bollenot


ici

les premières secondes saisissent les tripes

après la traversée

le débarcadère émaillé de graffitis

la route se dresse contre un mur

taillée dans la roche noire

au pied des falaises la mer se convulse

reflétée sur la surface du ciel

agacé


foulant le bitume

Ouessant se dérobe encore


*


Valérie Canat de Chizy


coquille cernaux

de noix


peau protectrice

tatouée de sillons


cuir travaillé

à la fois dur et tendre


la coque s'ouvre

se ferme


apprend à s'émouvoir

 

 

vendredi 10 juin 2022

VERSO N°188 : GENESE

 

 

Au sommaire de ce numéro :

 

Azzahra, Emmanuel Baillia, Antoine Bargel, Manolis Bibilis, Jeanne Champel-Grenier, Murielle Compère-Demarcy, Christine de Rosay, Chamsidine Djamil, Pascale Flavigny, Isalti, Véronique Joyaux, Tristan Kuipers, Bernard Le Blavec, Gérard Lemaire, Alain Jean Macé, Josselin Maisonneuve, Samuel Martin-Boche, Jean-Marie Mémin, Jacques Merckx, Agnès Moineau, Myriam Monfront, Béatrice Pailler, Patrick Picornot, Aumane Placide, Marc Rébéna, Romain Richard, Line Szöllösi, Sonia Viel, Erich Von Neff, William Shakespaere (traduit de l'Anglais par Mermed).

Chroniques de Pierre Mironer (poésie), Jacques Sicard (cinéma), Christian Degoutte (revues), Valérie Canat de Chizy, Armelle Chitrit et d'Alain Wexler (recueils de poésie).

 

Extraits

 

Erich Von Neff

 

Elle paradait dans un périmètre de lumières

Lumières orange, lumières d'albâtre...

Succession de lumières

La merveilleuse Wanda défaisait ses voiles féminins

Otant ses longs gants noirs

Otant sa lingerie soyeuse

 

Elle se pavanait. Elle marchait

Vêtue de ses longs bas verts

Un tour à gauche

Un tour à droite

Elle levait haut la jambe

Sa chevelure rouge flottant

Devant un mur bleu

 

Elle buvait un verre de champagne

En se pavanant

Alors je succombais à sa lingerie de soie

 

Empoignant les pourpres

Attrapant les verts 

jeudi 20 janvier 2022

VERSO N°187 : LE TEMPS EST UN CHEMIN


 

Au sommaire de ce numéro :

 

Tristan Allix, Philippe Ammon, Éric Barbier, Aurore Benamou, Patrice Blanc, Jacques Bonnefon, Georges Bourgueil, Sébastien Cochelin, Murielle Compère-Demarcy, Jean-Marc Couvé, Alain Crozier, Pierre de La Fontaine, Antoine Durin, Sonia Elvireanu, Valérie Fincato, Hubert Fréalle, Pierre Frenkiel, Alain Guillard, Émeline Hoël, Éric Jaumier, Lodi, Josselin Maisonneuve, Samuel Martin-Boche, Jean-Marie Mémin, Olivier Millot, Myriam Monfront, Chiara Pastorini, Jean-Paul Prévost, Janine Sabatier, Tom Saja, Éric Savina, William Shakespeare, Anne Soy, Gabriel Zimmermann.

Chroniques de Marinette Arabian, Pierre Mironer, Jacques Sicard (cinéma), Christian Degoutte ("en salade" des revues), Valérie Canat de Chizy, Armelle Chitrit et Alain Wexler (recueils).

 

Extraits

 

Samuel Martin-Boche

 

Variations neige

 

(1)

Et les années dansaient ce matin

avec les flocons gaiement derrière la vitre

villes visages heures ainsi tournoyant

dans l'air froid et ceux qui tambourinent

contre les carreaux selon le pouls

intermittent du souvenir toi

assis au bureau guettant le bruit

des pas fantômes sur la page neuve

l'approche au loin des voix profondes

avec une lenteur de neige

 

(2)

Tant de neige sur la page ou derrière

les carreaux de la vitre mollement déposée

sur la surface la pellicule si pure qu'elle réveillerait

l'atroce appel du volcan

la réclamation du crime avec l'horreur noir

sur blanc telle corolle d'églantier

la tache sang et tripes en contrepoids

de la beauté pour ainsi saigner à blanc le ciel puis

se perdre dans la contemplation grandiose mirant

ces perles merveilles sinon teintées d'andrinople

profonde écrasées au sol ou souillant la feuille

sans un mot

 

vendredi 5 novembre 2021

VERSO N°186 : SOMMES-NOUS OISEAUX DÉCHUS ?


Au sommaire de ce numéro :

 

Patrick Argenté, Patrice Blanc, Mahé Boissel, Olivier Bonhomme, Olivier Bouillon, Georges Bourgueil, Valérie Canat de Chizy, Irène Chaléard, Éric Chassefière, Patrick Chouissa, Murielle Compère-Demarcy, Anthony Croizet, Pierre-Thomas Dusart, Ludovic Elzéa, Hubert Fréalle, Pierre Frenkiel, Michel Gendarme, David Kalacinski, Nathalie Lauro, Lodi, Alain-Jean Macé, Jean-Marie Mémin, Jacques Merceron, Guillaume de Pracomtal, Aline Recoura, Mermed, Pïerre Mironer, Chantal Robillard Puvinel, Sami Sahli, William Shakespeare (traduit par Mermed), Anne Soy, Laurent Thinès, Patrick Werstink.

Chroniques Marinette Arabian, Pierre Mironer, Pascale Giovanetti, Jean-Marc Couvé, Miloud Keddar, Christian Degoutte ("en salade" des revues), Valérie Canat de Chizy, et Alain Wexler (recueils).

 

Extraits

 

Patrick Argenté

 

Enfant sage

 

Je vais me retirer je

recule doucement je

suis cet enfant sourd

penché sur le mur qui

écoute éperdument

 

car il écoute et prend

le temps petit de sa

petite taille et cherche

depuis ses yeux

l'au-delà

des forêts

 

car il cherche encore et

monte des chevaux

légers traverse

les nuages et s'en va

comme il était venu

tranquille et sage

 

car il était enfant

perché et pleurait

trop maintenant

il détient

le secret

de sa source.

 

*

 

Aline Recoura

 

À l'origine un tapis vert

se chauffe dans les beaux creux

d'un granit féminin

traverse les âges du désir

du sel dans ses idées

de l'iode dans la vulve

magie cristaux

blancheur laiteuse

sol de lune boiteuse

l'homme astre des notes

en palmes pianote

une cantate 

samedi 14 août 2021

VERSO N°185 : L'ÉCOLE DES MUSES


 

Au sommaire de ce numéro :

 

Bernard Le Blavec, Jacques Merckx, Tristan Allix, Luc-André Sagne, Lisa Kurts, Éric Jaumier, Pierre Frenkiel, Patrice Blanc, Aurélie Charron, François Charvet, Isabelle Le Toullec-Khettab, Ludovic Elzéa, Christian Belloir, Patrice Maltavern, Stéphane Casenobe, Anne Soy, Jean-Pierre Givord, Alain Guillard, Jean-Marie Mémin, Fidèle Mabanza, Mario Bonnardo, Hubert Fréalle, Marie-Laure Adam, Myriam Monfront, Annie Hupé, Line Szöllösi, Éric Simon, Ferruccio Brugnaro (traduits par Jean-Luc Lamouille), Jean-Paul Prévost, Éric Jouanneau, Robert Roman.

Chroniques Marinette Arabian, Miloud Keddar (art et poésie), Jacques Sicard (cinéma), Pierre Mironer (poésie), Christian Degoutte ("en salade" des revues), Jean-Christophe Ribeyre, Valérie Canat de Chizy, et Alain Wexler (recueils).

Un hommage est rendu à Miloud Keddar, disparu récemment.

 

Extraits 

Patrice Maltaverne

C'est bizarre de trouver là
Les SDF encore sur la place
Aux cars de voyages rapides
Tous les midis ils se rapprochent
Du centre de la ville et traînent
Avec leurs chariots à roulettes
Un chariot plein d'immondices
Peut-être ont-il presque oublié
Ce qui reste à l'intérieur
Il leur faut des regards absents
 
Nous exigeons par-dessus tout
Qu'ils conservent cette apparence
Et les lames du vent se brisent
Sur leurs ventres gonflés de vin
La musique de leurs branchies
Donne au béton des lignes sèches
Rien n'a changé L'ennui
Qui montre sa misère publique
Nous irrite par ces temps froids
Alors qu'il pourrait disparaître
 
*
 
Ferruccio Brugnaro
 
Je refuserai toujours d'être un numéro
Je ne suis pas un numéro. D'énormes dimensions
peuvent jaillir des cachettes
                  de mes fatigues
                  de mes déchirures.
J'ai de la force pour m'opposer au cri désespéré
de qui coule lentement,
de qui a transpiré et a appelé à l'aide
                   sans résultat.
Mon corps et le numéro ne se confondent pas.
Celui qui éprouve sans mesure
qui n'a pas vu le jour de sa vie
ne fait rien passer.
Rien ni personne ne m'effacera ;
Mon moi rebelle et triste
                    ne vieillit pas
à l'aventure d'une histoire en demi-teinte
                    et à moitié rêvée,
mon moi ne se consume pas
sur un chemin aux mains de volontés aveugles.

Traduit de l'italien par Jean-Luc Lamouille
 

vendredi 11 juin 2021

VERSO N°184 : LE BATTEMENT DU MONDE

 


Au sommaire de ce numéro :

 

Marie-Laure Adam, Tristan Allix, Béatrice Aupetit, Patrice Blanc, Alexandre de Brez, Muriel Carrupt, Stéphane Casenobe, Sébastien Cochelin, Virginie Delahaye, Frédérique Duballet, Hubert Fréalle, Brigitte Hautefeuille, Sarah Lecina, Alain Jean Macé, Catrine Mafaraud et Hervé Merlot, Marc Mériel, Georges Mérillon, Olivier Millot, Évelyne Morin, Jean-Jacques Nuel, Hugo Portier, Jean-Paul Prévost, Michel Reynaud, Christine de Rosay, Éric Savina, Anne Soy, François Teyssandier, Nadine Travacca, William Shakespeare (traduit par Mermed), ainsi qu'une nouvelle de Charles Vanhecke.

Chroniques Marinette Arabian, Miloud Keddar (art et poésie), Jacques Sicard (cinéma), Pierre Mironer (poésie), Christian Degoutte (revues), Valérie Canat de Chizy, Jean Bensimon et Alain Wexler (recueils).
 
 
Extraits 
 
Jean-Jacques Nuel
 
Funambule
 
je vis trop il est vrai dans le passé
remémoré ou dans le futur
imaginé
 
tu me reproches avec raison
de ne pas vivre dans l'instant
présent
 
mais le présent n'est que la ligne
de partage
étroite 
fuyante
entre le passé et l'avenir
 
et je n'ai pas l'adresse
d'un funambule
à me tenir en équilibre
sur un fil 
 
*
 
Catrine Mafaraud
 
Ce n'est pas une expérience
Pas de véritable proposition
Mais pour sûr
Une histoire
C'est toi c'est moi
Ce sont tous les ponts suspendus
Des mémoires
Ca fait presque 30 ans
Où le dernier mot
Que tu me dis
En novembre 89
Fut
"Salope"
 
Et le Mur de Berlin
Tomba  

 

 

mercredi 17 février 2021

VERSO N°183 : QUE SUIS-JE ?

 

Au sommaire de ce numéro :

 

Line Szöllösi, Stéphane Casenobe, Nicolas Pain, Lorraine Pobel, Marc Bonetto, Mermed, Laurent Thinès, Murielle Compère-Demarcy, Olivier Billotet, Cathy Jurado, Béatrice Aupetit, Nicolas Rouzet, Tristan Allix, Christophe Migault, Patrick Chouissa, Faustin Sullivan, véronique Joyaux, Joseph Pommier, Sébastien Cochelin, Carole Dailly, Ferruccio Brugnaro, Sasslac, Mélanie Fourgous, Jean-Marc Pelletier, Lodi, Bénédicte Montjoie, Olivier Millot, Patrice Blanc, Willem Hardouin, Jeanne Champel Grenier, Jean-Paul Prévost, Jean-Marie Memin, ainsi qu'une nouvelle d'Éric Savina.

Chroniques de Marinette Arabian, Valérie Canat de Chizy (sur Lorand Gaspar), Pascale Giovanetti (sur Supervielle), Jacques Sicard (sur le cinéma), Miloud Keddar (sur la peinture de Jeanne Champel-Grenier). Les chroniques des revues sont de Christian Degoutte et celles des recueils de Jean-Christophe Ribeyre et Alain Wexler. 

 

Extraits 
 
Cathy Jurado
 
La maison rouge sur le col
 
L'auberge est sur le grand chemin,
Au bord du gouffre où convergent nos forces
Et souvent nous croyons y trouver le refuge des corps.
 
Louve brutale, j'ai bu le sang à même ton visage,
Maison grande ouverte du crime
Que se partagent les éperviers de mes peurs.
 
Mais je crie ;
Sur le plateau où gronde la lumière
Se replie la rumeur
Aux reflets de coupe-gorge
 
Mais je crie :
Reflux du sang
Dans le chant pur qui vient et visite ton coeur. 

*
 
Tristan Allix

Une mise à nu de l'âme
 
Je prends le temps de me traverser dans ma nudité
aux instants où ma masculinité me fait défaut
Pour reprendre le contrôle d'une certaine musique
je laisse un temps ces habits tomber dans mes antichambres
 
Il ne faut pas croire qu'un aveu de silence signifie l'abandon
Je ne parle pas de la nudité pour tout oublier
J'évoque la nudité de l'âme dans son accouplement vrai.

VERSO N°182 : DES TRACES PUIS LA MER

  

Au sommaire de ce numéro :

Géraldine Serbourdin, Pierre de La Fontaine, Mermed, Victor Malzac, Jeanne Champel-Grenier, Charles Vanhecke, François Charvet, Stéphane Robert, Agnès Moineau, Jean-Marc Couvé, Patrick Werstinck, Pierre Mironer, Danielle Helme, Barbara Le Moëne, Charles Frouin, Kiko, Jacques Vincent, Tristan Allix, Sonia Viel, Stéphane Jardin, Christine de Rosay, Christophe Petit, Isabelle Le Toullec-Khettab, Hubert Fréalle, Annie Hupé, Jean-Paul Prévost, Alain Jean Macé, ainsi qu'une nouvelle de Jasna Samic. 

Chroniques de Pierre Mironer, Pascale Giovanetti (consacrées à des poètes), Miloud Keddar (art et poésie), Jacques Sicard (cinéma), Christian Degoutte (revues de poésie), Alain Wexler, Jean-Christophe Ribeyre (recueils de poèmes). Hommage est enfin rendu à l'œuvre de Guy Chaty, décédé récemment.

 

Extraits
 
Danielle Helme
 
Quand le cours de la vie calme 
rencontre plusieurs obstacles imprévus
soudain cent milliards de cellules nerveuses
fermentent dans le cerveau,
des toxines du stress qui,
en l'atteignant, forcent le corps
tout entier à souffrir.
Des milliers de particules affolées
de souvenirs réduits en miettes,
brassés de troubles,
mêlés d'envies, d'incertitudes,
s'assemblent par hasard.
 
Ces particules fourmillent dans l'esprit,
quelle patience pour attendre que le dépôt retombe.
Et filtrer des milliers de particules affolées.
L'esprit deviendra à nouveau paisible, clair,
les idées renouvelées. 
 
*
 
Sonia Viel
 
À chaque pas se précise l'attente
À chaque pas se consume l'absence
La courbure du dos s'habitue
Les reins s'ouvrent et se plient un peu plus chaque fois,
Comme si le fleuve reprenait une place, sa place d'avant la tombée du jour
À chaque moment quelque chose tape,
Il y a toujours quelque chose qui tape
Le maillet, le volet, le pas
Il faut être ferme et légère à la fois
Ferme pour que les choses soient dites une bonne fois pour toutes,
Pour qu'on n'y revienne pas sans cesse,
Pour ne pas risquer de se perdre dans l'indécision
 
Souple pour ne rien briser,
Pas même le silence nécessaire,
Souple pour garder la cambrure féminine ou féline
Souple pour surtout ne pas se blesser, ne jamais se faire mal,
Ne surtout pas entraîner le regard dans une douleur qui nous
rendrait quelque peu soumise.
 

samedi 6 juin 2020

VERSO N°181 : TERRE DES MOTS


Au sommaire de ce numéro :

Marie-Laure Adam, Bernard Barthuet, Antoine Bertot, Patrice Blanc, Ferruccio Bugnaro, Stéphane Casenobe, Patricia Castex-Menier, Sébastien Cochelin, Murielle Compère-Demarcy, Paul Dalmas-Alfonsi, Michel Gendarme, Pierre Gondran, Hubert Gréaux, Emeline Houël, Kiko, Olivier Millot, Jean Monnet, Patrick Picornot, Julien Rubiloni, Jasna Samic, Saslae, Anne Soy, Line Szöllösi, Charles Vanhecke, Florian Vasseur, Gabriel Zimmermann.

Chroniques de Marinette Arabian (souvenirs), Jacques Sicard (cinéma), Pascale Giavonnetti (consacrée à la poésie de Jules Supervielle), Miloud Keddar (Art et Poésie), Christian Degoutte (revues), Valérie Canat de Chizy, Jean-Christophe Ribeyre et Alain Wexler (recueils).

Extraits

Emeline Houël

Il faudra convoquer les souvenirs - 
Et une dernière fois
Se fondre dans la brume

Il faudra se rappeler les légendes -
Et retrouver sur la grève
L'ombre du bateau fantôme

Il faudra sentir encore
L'odeur du printemps austral
Parmi les arbres et la mousse

Il ne faudra pas oublier
Le goût iodé des oursins, et le vent,
La bière brune, la mer et les genêts

Il faudra garder au creux des mains
Le froid du Sud.

*

Anne Soy

rien
une odeur des année 30
et de vieilles idées sans complexe

notre continent ferme les portes et les yeux
aux transhumances humaines
la tache brune se pavane

     tout le ciel tremble

rien
le vent se lève
la puanteur se répand

rien
     un avis de tempête imminente

*

Patricia Castex-Menier

Contrées 
de vie sèche,

pays de soif,

qu'ils
n'ont même plus la force
de parcourir.

Se
coucher alors,

on 
leur a chanté que la mort
fonctionne par écluses

des
écluses pour attendre sous terre

d'être
enfin à niveau avec le ciel.

jeudi 9 avril 2020

GUY CHATY

Guy Chaty nous a quittés le 7 avril 2020, des suites du Covid-19. Il était très apprécié de l'équipe de Verso et sa disparition nous attriste profondément.

Il avait été publié, entre autres, dans le numéro 175 de la revue (décembre 2018).


Ses textes, non dénués d'humour, évoquent souvent l'absurde, le rapport entre rêve et réalité, le dédoublement, aussi. Ce qui arrive à un autre que soi, l'autre soi-même. Dans son recueil J'avais quelque chose d'urgent à me dire (Henry, 2015), il parle de son double :

     J'ai un double. Nous avons chacun notre vie et nous retrouvons la nuit pour parler de notre cheminement.
     Le jour, nous risquons peu de nous rencontrer car nous vivons dans deux univers presque parallèles. Une fois seulement, j'ai aperçu mon double. Dans une rue d'Istanbul. J'ai été sidéré, suis resté figé. Il était sur le pont près des mosquées, regardant le Bosphore. Je ne voulais pas lui parler, je me suis sauvé car il était indécent que nous ayons un contact sous la lumière du soleil.
     La nuit, enfin, nous ouvre les bras.


Guy Chaty était membre du comité de rédaction des revues Poésie/première, Interventions à Haute Voix et Poésie-sur-Seine.