mardi 19 septembre 2017

VERSO N°170 : L'AMOUR, LA MORT


Au sommaire de ce numéro :
Elsa Hieramente, Marine Gross, Michel Serraille, Eric Chassefière, Olga Vassileva, Carole Dailly, François Charvet, Patrice Blanc, Alain Guillard, Eric Savina, Clément Bollenot, Jeanpyer Poëls & Bernard Noël, Marie-Laure Adam, Jacqueline Persini, Pierre Rive, Maria Lhortolat, Gilles Lades, Gérard Lemaire, Florence Vivant, Kiko, Christine de Rosay, Roland Dauxoix, Mermed, Stéphane Robert, Olivier Bonhomme, Clément G. Second, Patrick Picornot, Alain-Jean Macé, Marinette Arabian.


En salade par Christian Degoutte
Le cinéma par Jacques Sicard 
Chronique de Miloud Keddar
Notes de lecture de Jean-Christophe Ribeyre, Valérie Canat de Chizy, Alain Wexler, Jean Chatard




EXTRAITS :

Marine Gross

Les chiens blancs
La bave aux commissures
Désarticulant chaque signe
Démembrant chaque lettre
Dépeçant chaque mot
Les chiens blancs
Ces sales chiens
Déchiquetant le langage
Finissant par le silence
Le mâchant entièrement

*

Olga Vassileva

on connaîtra les chemins blancs du soleil,
bleu des ailes battement sur le ciel du retour.
et les bagues sont autour de leurs souffles
de leurs pas,
cours !
et les doigts n'y sont pour rien
éoliennes, aériennes.
les doigts faits du temps pour broder
en blanc
sur le blanc de toile transparence.
hivernaux sont les songes en dorures des abeilles,
en rayures des soleils,
plonge !

*


Patrice Maltaverne


Au lieu de sortir de son théâtre dans lequel elle a été enfermée la bonne nouvelle plane une heure et demie comme une soucoupe volante sur le devant de la scène. Avez-vous remarqué comme la conque de l'oreille retournée de champ lui ressemble ? Si c'est le cas elle doit être déjà coulée au port. La pulsion de vie intense n'a plus qu'à se retourner dans sa tombe contre son géniteur. Pourtant le rose du conduit auditif nous invite à continuer dans le même sens. Il crée des vagues à faire passer sur les sièges des spectateurs pour que ces ondes déstructurées se propagent dans la salle avant d'aller fumer dehors. Sauf que rien d'autre ne se passe. La scène est solide tout comme l'oreille en plastique lisse. Les marches du théâtre cassent les chevilles dans le silence ouaté d'une nuit purement intellectuelle. Vécue de l'intérieur.




VERSO VUE PAR JACMO


Jacques Morin parle de Verso sur le site de la revue Décharge :

"Il fallait dans cette rubrique mensuelle saluer la revue Verso qui a atteint les quarante années d’existence (en même temps que Po&sie, Arpa, et Interventions à Haute Voix, toutes nées en 1977, comme le rappelait Georges Cathalo ici même, le 11 mai dernier).


Verso maintient le rythme et garde cette longévité avant tout grâce à Alain Wexler, directeur de la publication, certes, mais aussi actif sur tous les fronts et à la manœuvre comme il l’indique d’ailleurs dans l’ours initial : maquette, travail à la presse & reliure. L’on ne peut faire abstraction de cette association entre le lecteur et l’imprimeur en un seul et même homme, qui représente le revuiste parfait, sans lequel malgré une rédaction d’une quinzaine de membres, rien ne serait, avec cette régularité métronomique. (On peut citer aussi Jean-Pierre Lesieur sur le même plan avec Comme en poésie).
Alain Wexler tend, dans son prologue, à s’inspirer de ce qu’il va proposer, cette somme de pages diverses de tant d’auteurs différents. Il peut ainsi citer ou paraphraser tel ou tel. Il saura toujours trouver un thème assez large pour y inclure tout le monde. Cette fois : Gouffres, celui d’avant : j’aimerais te connaître, et à partir de là y mettre sa propre musique : Pas de plus grands gouffres que ceux creusés par les miroirs…
Verso, pour le reste, demeure surtout une « revue catalogue », à savoir qu’elle présente chaque fois bon nombre d’auteurs, plus d’une trentaine à tous les coups. Lesquels se répartissent entre une et six pages. Ce qui, en général, est assez sommaire pour faire connaissance avec un auteur, mais la revue publie assez régulièrement les mêmes, tout en s’ouvrant à de nouveaux, ce qui est de bonne politique pour se maintenir et progresser. Certains choix sont, à mon sens, très limites, et ne méritent pas, en l’état, la publication ; je pense en particulier, aux besogneux faiseurs de vers, qui en sont encore aux alexandrins vernis et rutilants d’un autre siècle décidément, et aux diseurs de rien du tout, qui font étal d’un vide qui, pour le coup, rentre bien dans la thèmatique du n°. Mais passons sur la queue du peloton, la qualité heureusement demeure ailleurs.
Basile Rouchin donne un texte accrocheur d’entrée de jeu. Stéphane Casenobe change le sens du format avec son texte en majuscules et ses pauses aléatoires dans les vers. Jacques Vincent termine son texte commencé dans le numéro précédent. Murielle Compère-Demarcy aime les échos, les itérations et les mots-valises : uluberluesques… Roger Carbonnier se fait fabuliste. Line Szöllösi : Le viaduc multiplie le ciel à travers ses arcs / avance de son pas de pierre… Ivan de Montbrison : Nous marchons doucement avec les yeux fermés dans les paumes de nos mains de peur de réveiller les morts… Marc Bonetto livre ses notes d’un journal à la fois fantastique et captivant. Alain Guillard, un habitué de Verso, n’offre que trois pages mais aussitôt on est happé par son univers lorsqu’on le connaît. Michel Gendarme écrit des paragraphes sonores et haletants. Jean Donat donne une prose hallucinée…
Viennent après la présentation des auteurs, toujours précieuse pour les situer, les chroniques : Cinéma par Jacques Sicard. « J’ai filmé Bernard Noël » par Thésée, très intéressante pour saisir un peu le grand poète de l’intérieur par quelqu’un qui a l’œil. Miloud Keddar parle d’un peintre : Charles Marcon, mais quel dommage de ne voir qu’une reproduction en noir et blanc ! Le grand moment reste évidemment la chronique de Christian Degoutte, toujours pointue, fine et drôle, un orfèvre de la chose, et ce depuis quarante ans ? (Après Claude Seyve et Christophe Petchanaz, me précise Christian...) Lectures de Jean-Christophe Ribeyre, Valérie Canat de Chizy, Alain Wexler…"
Verso, c’est solide et increvable !

6 €, le n°. Et 22 €. l’abonnement(4 n°/an).
547 rue du Genetay – 69480 Lucenay.

vendredi 23 juin 2017

TROIS POEMES D'ARNAUD MARTIN (Verso n°169)



Ce sang entre mes jambes
L’innommé qui se crie


Au seuil d’un sexe
Qui donne la mort


L’avènement de l’autre


*


Par le bris du miroir
J’ai construit mon corps


Je l’ai dressé


Par mon œil
Je suis sorti de ta gangue


*


Mort-né


Je suis au monde
Un homme devenu


Non pas
Par les mots de l’enfant


Mais par la perte

mardi 20 juin 2017

LIRE "ECHELLES" D'ALAIN WEXLER



« Ce qui va éclore n’étant pas encore » (chronique de Miloud Keddar sur « Echelles » d’Alain Wexler)



Viendra qui n’est pas venu encore. L’échelle est en bois, palier et escalier et c’est « Echelles » d’Alain Wexler. Une échelle en bois sur l’arbre d’où elle ne vient pas. Etrangère au tronc et aux branches sur lesquels elle se hisse, cherche-t-elle à épouser un autre bois, si seulement par lui elle s’élève vers « le naître de l’œuf », ou pour que deux mains se joignent dans « l’épousaille », un bois-femme et un bois-mâle ? Ou est-ce simplement prier l’oiseau d’un ailleurs (il y a depuis fort longtemps que le rêve de l’homme est de naître sous une carapace ou une coquille et d’avoir les pieds sur terre et la tête dans l’azur) ? Ne dit-on pas d’ailleurs venir de l’arbre, nous rétorquera Alain Wexler ? C’est l’homme qui monte, la femme est déjà tout en haut, elle s’est déjà habillée de verdure et d’azur ! Et n’y a-t-il pas un lien évident entre le dessin « La femme-arbre » de Barbara Le Moëne et « Echelles » d’Alain Wexler, du tronc de l’arbre naissent les branches et des branches naissent les feuilles, nous, un oiselet à naître sous tous les pinceaux et crayons et plumes de tout artiste ? Dans le changement perpétuel, dirait Léo Ferré ? Et en effet il y a une recherche permanente sur les mots et leur sens chez Alain Wexler, et ce depuis « Récifs », « Tables » et « Noeuds » et maintenant « Echelles » (tout ce qui fut publié à ce jour, disons). Le bois, l’œuf, la femme, l’eau, le contenant et le contenu, notre terre et son azur, questionne Alain Wexler pour asseoir les mots qui ne seront jamais définitifs. N’y voyez-vous pas un signe dans les titres : un nom commun, sans article et toujours au pluriel, car ce n’est pas Echelle que questionne Alain Wexler mais ce qui a d’Echelles dans une Echelle, ce qui a d’homme et de femme dans l’union que nous voulons l’humain. L’eau d’un fleuve ou du cours d’eau est pour Alain Wexler un ensemble de gouttes d’eau avant tout et il en est ainsi des mots : écrits tels, il suffit d’en changer des consonnes ou des voyelles tout en gardant la musicalité pour accéder à un ailleurs du mot. Ou encore : un œuf, on ne sait pas, s’il sera moineau ou mésange (ceci est un exemple !). Il y a quelque chose de commun qui se niche dans l’universel et tout cherche l’ordonné dans le désordonné et c’est cela la singulière poésie d’Alain Wexler. L’homme habite l’arbre, mais jamais sans la femme ! Et, je relève, l’eau ne nourrit pas seulement « l’autre nature », l’eau nourrit l’eau. On est au carrefour de soi pour mieux être celui de l’autre !

Pour clore cette prose que je veux en quelque sorte introductive aux travaux d’Alain Wexler, quoi de mieux qu’un extrait de « Echelles » :



« La chaise est l’ombre d’un autre,

Pliée en quatre,

Juste une ombre avec des jambes

Dessin en creux de la chaise qui attend

Qu’un sujet le remplisse.

Mais qui pourrait donc remplir cette carcasse,

Debout, face au désert,

Dont le vent caresse les bâtons ? »



Lire Alain Wexler, c’est accepter les remuements !


Alain Wexler, Echelles. Editions Henry, 2009

mardi 6 juin 2017

VARIATIONS-VERSUS



« Variations-versus » de Miloud Keddar sur trois peintures de Jacques Valette


1 « Pétales jaunes » :
Ô Beauté –oiseau ailé-
Et l’orange-soc
Abonde sur la Terre,
Hymen que déchire
Le « Bleu du ciel » où un
Enfant vient de naître (Ciel
Et Terre –mais dans quelle
Verticale te
Retrouverons-nous ô Beauté ?



 
2 « Ne viens pas » :
Griffer la toile d’un
Côté. Cerceaux, non
Cercles -non concepts !
Déchirer le voile, mettre
À nu par le « Bleu du ciel »
Nos poèmes
Écrits ou peints. (Ô Beauté)
Ô Beauté que griffent les
Alouettes sain(t)es qui
T’élèvent pleine (ô Beauté !).




3 « Sans titre »
Le ciel vient
Là où la terre l’accueille,
Terreuse en son jour, la terre
 –et ciel
Et terre se remémorent leurs morsures,
Par le marron et le bleu,
Par des traversées. Des cerceaux
De terre et de ciel et déchirés et
Voulus sans noms
-Sans titre-
Mais par seuls les mots et
La couleur. Le ciel, la terre,
Griffés en notre nom, par
La Beauté que
Nous espérons en eux,
Oblique ô là la Beauté !