lundi 19 mars 2018

PRINTEMPS DES POÈTES : LECTURE VERSO DU 13 MARS À LA MEMO D'OULLINS

Les Amis de l'Advertance ont invité la revue Verso à une soirée de lectures à la Mémo d'Oullins le 13 mars 2018.

Alain Wexler a présenté son travail pour la revue Verso.

Les poètes invités étaient Samantha Barendson, Katherine L. Battaiellie, Bernard Deglet et Barbara Savournin. Intermèdes musicaux de Xavier Lassablière.


Alain Wexler et Georges Chich


 Alain Wexler


 Samantha Barendson


 Xavier Lassablière


Katherine L. Battaiellie


 Bernard Deglet


Barbara Savournin

VERSO N°172 : PEUR & MYSTÈRE


Au sommaire de ce numéro :

Elsa Hieramente, Guy Knerr, Rodolphe Houllé, Nicolas Rouzet, Daniel Birnbaum, Florentine Rey, Myriam Monfront, Michel Serraille, Anne Soy, Géraldine Serbourdin, Stéphane Casenobe, Angèle Casanova, Alain Brissiaud, Guillaume Dreidemie, Mermed, Michel Gendarme, Valérie Fincato, Véronique Joyaux, Line Szöllosi, Marc Mériel, Alain Guillard, Anéis Karouëne, Carlos Dorim, Françoise Vignet, ainsi que des nouvelles de Raymond Delattre et Éric Savina.

En salade par Christian Degoutte
Le cinéma par Jacques Sicard 
Chronique de Miloud Keddar
Notes de lecture de Jean-Christophe Ribeyre, Valérie Canat de Chizy, Gérard Paris, Alain Wexler.


EXTRAITS



rodolphe houllé



La ballerine



Là-bas aussi, les roues, la neige.

Un soupir très léger soulève quelques flocons l’hélice, parallèle à la neige, tourne.

Infime, infime hélice.

Du sommet de l’axe descend, selon une pente à peine marquée, un fil d’argent qui va se perdre dans la neige ;  la ballerine s’avance d’un pas irrégulier ;  sa taille : celle d’un ongle.

Si faible pente que sans l’hélice la dame ne progresserait plus sur sa corde d’argent.

Une cage est suspendue au balancier : la dame doit prendre garde  :   il ne faut pas que l’oiseau tombe dans la neige.

Il chante : frôlée par une aiguille une roue tourne sous le duvet. Vous savez maintenant que si ce disque était recouvert d’un flocon il serait à tout jamais impossible de le retrouver.

Je devine que c’est mon souffle qui entraîne l’hélice, mais qui à chaque instant aussi menace l’équilibre de la dame, l’oblige à manœuvrer son balancier sur lequel la cage coulisse, et parfois glisse vers la neige ;  pourquoi ? – si le chant s’interrompt je ne serai plus là.





florentine rey



Qu’est-ce qu’on mange ?



On mange de la chair choquée, on mange de l’huile de moteur, des œufs carrés, on mange des poules aux antibiotiques, des crèmes sans crème, du lait sans lait, on mange des copeaux, on mange en boîte, sous vide, on mange sans forme et sans arrêtes, tassé dans une barquette, on mange des ondes, on mange dégénéré, haché menu la cinquième patte ou le troisième œil, on mange du cheval pour du bœuf, des mouches et des cheveux tombés dans la cuve, on mange obscur, on mange et on boit, on boit des bulles de sucre noir qui rongent les os, on boit de l’eau dans du plastique, du thé fumé au chalumeau, on boit du lait de vaches qui mangent de la farine de poissons, on mange des écrevisses charnues piquées à la seringue, des légumes géants, des mangues au goût de carlingue, on mange l’Espagne, on mange l’Afrique, on mange ceux qui crèvent de faim, on mange recomposé, coloré, conservé, on meurt intacts, nos corps ne se dégradent plus.





Nicolas rouzet



Amnésie



Cette blessure

C’est une étoile

Une balle qui a fleuri

dans ma tête

Un geste

dont j’ai perdu mémoire



Cauchemar



L’homme qui dort a toujours la possibilité de croire que tout ceci n’est qu’un cauchemar. Bien réel pourtant, le vent qui souffle, arbre de malheur. Bien réelles les étoiles dont les éclats sur la glace se reflètent comme le tranchant d’une hache.



Mais le dormeur s’agace. Il feint de ne pas y croire, il tire encore un peu sur sa couverture et se rendort. A l’instant même... où la tourmente emporte toute sa maison.




lundi 12 février 2018

"Je murmure au lilas (que j'aime)" de Valérie Canat de Chizy



« Je murmure au lilas (que j’aime) » de Valérie Canat de Chizy ; Editions Henry ; 2016

 Lecture par Miloud Keddar :

« Je murmure au lilas que j’aime » écrit Valérie Canat de Chizy et moi j’ajoute : je murmure au lilas que j’aime et qui me parle. J’ai rencontré Valérie Canat de Chizy pour la première fois lors de la lecture du 2 février 2018 à la salle Bourgelat à Lyon après de longues années de correspondances et des échanges d’œuvres de l’un et de l’autre. Je lui ai consacré des lectures, toutes parues dans la revue Verso, et, notamment celle en forme de quatrains non à la manière de Ronsard mais de Nâzim Hikmet, le poète turc. Des quatrains pour la lecture de « Entre le verre et la menthe », paru chez Jacques André éditeur. Pour la lecture du 2 février 2018, Alain Wexler disait de Valérie Canat de Chizy : qu’elle écrit « comme derrière une vitre. Sa surdité l’aid(ant) à déchiffrer le monde, son mystère comme ces (et en la citant) « méandres / d’un fleuve / issu de mousse… ».

L’ouïe atteinte, les autres sens s’aiguisent. « Le silence, c’est voir les pupilles du chat se dilater, et comprendre ce qu’il dit sans avoir besoin de parler. » écrit Valérie C. de Chizy. Ou encore de la parole de l’arbre, et Valérie Canat de Chizy d’écrire: « Qu’est-ce entendre ? A quoi ressemble le bruit d’un arbre dans le vent ». Valérie Canat de Chizy « (…) pèse le pour et le contre du silence. ». « Je murmure au lilas que je l’aime. Son parfum embaume de tous côtés ». Et la voilà, elle la poétesse, elle qui est « (…) ici maintenant (pourtant et toujours) dans le silence ». Dans « Le monde du silence (qui) est si beau et menaçant à la fois. Rassurant et peuplé d’ombres ». La poétesse « (…) écoute les battements du cœur. ». J’ai souvenir dans un précédent livre  avoir lu de Valérie Canat de Chizy  la phase que je cite de mémoire : « J’ai connu des hommes qui m’ont aimée ».

 Dans « Je murmure au lilas (que j’aime) », il n’y a pas que la parole liée au silence, il y a les êtres chers disparus. Valérie Canat de Chizy a consacré un livre à son père décédé et l’on retrouve dans le livre en question ici encore une fois des dires adressés au père : « (…) mon père (…) était simplement resté un peu trop longtemps allongé dans sa chambre » et aussi : « Nous sommes assis l’un en face de l’autre et nous parlons en buvant du vin. » (le vin de la complicité, vin du silence dès qu’on le boit, vin de l’au-revoir. « Ecouter l’oiseau intérieur. Monter les marches menant à la colline, le cimetière où est enterré mon père ». Deux pages plus loin, Valérie écrit : « Tu es retourné au silence maintenant. ». 

Le livre « Je murmure au lilas (que j’aime) » me semble être dans la modernité car je laisse toujours entendre que la poésie contemporaine ne parle pas seulement de la perte mais se doit de parler de La perte de la perte. Valérie Canat de Chizy, après avoir évoqué la mort du père, écrit : « Fermer les yeux, voir les yeux du chat, pleurer à l’intérieur de soi, sentir dans sa poitrine qu’il ne sera bientôt plus là. ». Valérie dans « le désert des paroles » murmure toujours au lilas qu’elle l’aime et sent le parfum qui embaume de tous côtés toujours. C’est ça être à l’écoute du monde pour Valérie Canat de Chizy !