vendredi 20 janvier 2017

VERSO N°167 : FLOT DES YEUX, PIERRES & CHEVAUX





Au sommaire de ce numéro :

William Shakespeare (traduit par Mermed), Fabrice Farre, François Charvet, Gérard Lemaire, Marie-Laure Adam, Béatrice Machet-Franke, Clément Bollenot, Grégory Parreira, Lodi, Nicolas Rouzet, Samaël Steiner, Christian Belloir, Geneviève Cornu, Bernard Deglet, Patrice Blanc, Céline Maltère, Jeanpyer Poëls, Michel L’Hostis, Olivier Millot, Stéphane Casenobe, Elisabeth Rossé, Stéphane Robert, Pascal Mora, Mc Dem, Jean-Marc Thévenin, Alain Guillard, Jean-Paul Prévost, Barbara Savournin, Hubert Fréalle, Jean-Jacques Nuel, Alain Jean Macé.

 En salade par Christian Degoutte
Le cinéma par Jacques Sicard 
Chronique artistique de Miloud Keddar
Notes de lecture de Jean-Christophe Ribeyre, Valérie Canat de Chizy, Alain Wexler



alain wexler : prologue



Flot des yeux, pierres et chevaux



Ce que je distingue est pris dans un flux incessant, comme un flot se dessine entre les yeux et leur objet.

Ce flux est le temps que le cheval ne rattrape pas.

Il le suit d’un pas mesuré, calculant l’horloge.

Cailloux roulés sous les flots et les sabots calculent aussi roues et rouages que le temps perd en chemin.



Tu ne perds pas le temps, c’est le temps qui te perd à force d’ébouler des maisons au milieu des chemins.

De sorte que l’eau compte tes pas sans même t’être levé.



A bien y réfléchir, il n’y aurait qu’une seule façon de berner le temps, le mimer, danser jusqu’à en perdre la vie !

Notre parole serait-elle de ce goût-là !

Et la vendre avec ses mains ?

Car tout se vend dans la ville barricadée comme une tombe contre le temps !
Où l’œil veille, l’œil caillou qui ouvre la brèche.

Des yeux veillent au fond de la mer, ceux des chevaux qui caracolent quand elle se soulève !
Caracolant encore sur les parois des cavernes où les yeux au feu distant les surprennent.
Ici la mémoire défie le temps qui noie ses chevaux et confond les chemins avec les rivières.


Note : M’étant lassé des préfaces descriptives je suis revenu à une pratique déjà éprouvée au cours des premières années de la revue. Il s’agissait de rédiger un texte (méta-texte, peut-être) inspiré d’extraits, de bribes des poèmes publiés à chaque livraison. A l’époque je ne cherchais pas le thème dominant. A présent le voici fil conducteur ou liant.


EXTRAITS

Fabrice Farre

L’effraie regagne le tronc...

L’effraie regagne le tronc, le jardin se retourne.
Sur la terre, à la lumière des ombres zèbres,
les cailloux se détachent puis se remplissent,
les flaques sont sèches, tout à coup, de l’irrégularité
de la semaine ; les lacs portent leur fond
où erre le regard, quel que soit le jour promis.
Au pied des ceintures sombres vues sans sommeil
poussent ces haies citadines dont les feuilles
donnent déjà l’étendue d’une macule : c’est dans celle-ci
que s’étend, sans le corps, la conscience de rester.
 

François Charvet

au bord
traverser pour un autre bord
soutenir son poids
comme la seule mesure à opposer
juste soi
les ailes qui se sont résolues
usées les mots de ne rencontrer un corps
qu’un costume que tu endosses
entre-deux
te tendre jusqu’au prochain
avec peut-être
la chance de perdre pied


Gérard Lemaire

Je voudrais trouver une issue à la parole
Celle que le vent ne peut pas détruire

Seulement ne pouvant que tracer des ronds
Autour de son rocher battu par toutes violences

Toujours seulement dans une chanson
Ou dans un hymne qui viendrait soudain

Pourtant recommencer dans l’attente et l’extrême du froid.
Avec ce jeu de cubes dans un grenier pour passer les heures

On bricole des bouts de soi-même au hasard
Parce qu’il n’y a aucun autre chemin

L’assemblage des morceaux prend un certain temps
Dans une construction qui à la fin s’écroule

Il faut être têtu sans se décourager dans l’inlassable
Et recommencer devant la placidité des autres

 

 Voir aussi les articles de repérage de Claude Vercey sur le site de la revue Décharge : ici, ici ou là. Ainsi que la note de Patrice Maltaverne sur son blog C'est vous parce que c'est bien.


jeudi 6 octobre 2016

VERSO N°166 : DE PLUME & DE SABLE


Au sommaire de ce numéro :
Pascale Flavigny, Laetitia Lecoeur, Patrice Blanc, Saslac, Clément Bollenot, Marie-Laure Adam, Estelle Gillard, Elodie Loustau, Dominica Miquiaux-Triquet, Anne-Marguerite Michel, Lorraine Pobel, Sylvie Righetti, J. F. Grossard, Florence Picard, Florian Tomasini, Anaïs Karouëne, Dirk Christiaens, Muriel Carrupt, Rébecca Gruel, Patrick Chouissa, François Charvet, François Sannier, Malibert, Tristan Allix, Christophe Petit, Farid Bahri, Geneviève Vidal, Philippe Mollaret, Mélanie Fourgous, Yves Bressande, Eric Savina, McDem, Antoine Durin, Gérard Lemaire

PREFACE (Extrait) :


Il était souvent question de plume et de sable. D’emblée quelque chose de dansant, léger, fuyant se manifestait d’une page à une autre. Le sable, c’était celui du chemin. Pascale  Flavigny m’a inspiré ce titre précis. Conjugué, décliné comme en rêve tout au long de ce livre. Le corps se forme en chemin, dit Patrice Blanc.

Et coule le sable du temps, même si les chemins se séparent. Pour les uns, c’est l’amorce de l’infini, pour les autres, un cul de sac. «Car nés de routes et de doutes il n’y a nulle part où aller», dit Clément Bollenot. La danse est là pour conjurer cette malédiction, peut-être. Marie-Laure Adam sur la plage médite sur ce sable qui ne retient qu’une courbure intime. Du corps au sable il n’y a qu’un pas que le sable ne gardera pas ! Estelle Gillard met en scène un Maupassant qui sent sa mort imminente et puis un professeur qui s’est amouraché d’une jeunesse et sait qu’il est perdu lui aussi. Il en rit. Philosophie du gouffre dit-elle !  (...)


EXTRAIT :

élodie loustau

Poser le souffle

Sur le fil de la démesure, jamais de repos.

                                Temps usé.

Entre vice et délice il avance.
Pas feutrés, silencieux dans le brouillard. Retenir son souffle. Non. Puiser la vie dans ce corps sublimé par la peur. Creuser le sillon de la respiration. Ce mouvement, va-et-vient, léger et tonitruant. Aller le chercher, sans effort apparent. Au plus profond.

Il avance.

Les orteils craquellent à l’affût de la moindre saveur. Posés sous la pâleur du soir. Bouillonnants. Frétillants. Un frémissement d’ongle le force à s’arrêter un instant. Le cou se libère, le visage s’illumine, le dos se redresse. Regard franc vers le but tendu. Le cœur vaporeux ne peut s’empêcher de douter, pourtant.

Un pied lentement devant l’autre. Ne jamais s’arrêter, ne jamais se retourner.

                             Mesure du temps usé.


Le poids de ce défilement incessant. Insensé. Un
poids qui s’enfonce dans le creux de ses reins. Un poids qui se perd.

                    Démesure du temps abusé.

Ne jamais s’arrêter. La corde rugit sous ses talons. Elle le secoue, le bouscule, le ramène à la vie, ultime. Intime dépendance.

Poser la vie.
Un instant.

Déroutante quiétude.
Ses pas continuent. Ne jamais se retourner. Une goutte au front il fait face. Il a le choix.

Folie ou solitude.
Conscience ou obsession.


Le vide.

lundi 3 octobre 2016

Chronique du livre de Katia Roessel, "Les yeux bandés"



katia roessel : les yeux bandés – Mémoire vivante 12, rue Lacuée Paris 12 ème  16 €

Dans un monde où l’assassinat politique de Pasolini n’a pas fait plus de vagues que cela, je salue ce livre dont la recension fait suite à la publication de Katia Roessel dans le n° 164. Cette réflexion m’est inspirée par «Cristal étoile» page 19, qui reproduit une phrase de l’invité divin dans Théorème, un des chefs-d’œuvre de P.P.P. : « au centre de la ville / il y avait une / fontaine nocturne / avec des larmes / limpides. /  dès lors je suivais / « le tour de bonté serait plus long à se reproduire qu’une étoile   » Les textes de Katia Roessel font irruption dans notre monde tels des météores. Cette image me vient à la lecture D’Or, page 50 où elle cite une phrase d’Hölderlin :  « mais l’espoir telle une étoile qui tombe du ciel traversa leurs esprits ». D’étranges jeunes femmes avec de l’or dans leurs cheveux qui dansaient des danses transcendantes, qui se tatouaient selon la nature car elles en faisaient partie, se dispersaient, se mêlaient aux siècles, s’y accordaient... Des muses sans doute car je lis que leur poème devenait homogène et aussi vaste qu’une orbite, un cercle de mœurs et de prières. Ce livre est dionysiaque en quelque sorte. Il commence par une célébration du printemps, temps de la libération du monde. Celui-ci est vu comme tombé d’une catastrophe.

Alain Wexler

samedi 21 mai 2016

LECTURE VERSO DU 3 JUIN 2016

La lecture Verso du vendredi 3 juin 2016 a réuni Alain Crozier & la revue Cabaret, Mermed et Marie-Ange Sebasti


Alain Crozier a été publié dans de nombreuses revues dont Verso. Un livre : Les cités magnétiques chez Jacques André. Le corps est très présent dans son écriture. Le corps du poème ou corps du désir plus l'art de la chute ou de la disparition. La revue Cabaret est un lieu à part. À suivre !



Lecture d'extraits de la revue Cabaret par Muriel Carrupt et Régis Evellier


Mermed est un traducteur  et voyageur infatigable. Inventeur de mythes. Mystificateur pour notre plaisir. Par exemple dans le dernier Verso, les destins croisés ou parallèles du Christ et de Bouddha.



Marie-Ange Sebasti vient de publier La connivence du marchand de couleurs chez Jacques André. Cette pure fiction nous tient toujours en haleine. "Désespère ton impatience / Retarde quelque temps / ta naissance / Apprends encore un peu / de la vie".

Photos : Josette Vial