dimanche 1 mai 2016

En ce lieu juste du jour d'après ... L'UNIVERS D'EVELYNE MORIN



En ce lieu juste du jour d’après

Les plus lointains silences se rapprochent
Là
d’ailleurs
à la frontière de ce qui prend lieu

D’aucune autre apparence

Mais ici laissant
ce qui
sans nom
brûle au soleil
appelle le silence
miroitant du ciel

Une poussière d’être
Poussière légère
Rien qui subsiste
Mais en suspens
un soleil qu’on n’avait jamais vu
Poussière de lune
Poussière de nuit
Poussant la vie dérisoire
dans les recoins
de pièces anciennes
Rien provisoire
Et le vide appelle
rempli de désirs tant
qu’à choisir faut
l’angoisse
Rien retenu
au bord de s’élancer

Mais vient l’enfance
tardive
allumée à l’incendie
de cette nuit

Cela
obscurément possible
Poussière légère
Le mot échéant
Confronté à
maintenant
Épuisement du vide
happant tous les désirs
D’aucun désir
ne pouvant tisser
la trame

Ce mot qui se cherche
Ce mot qui me cherche
Là sur le vide
en attente
gris solitaire
d’un temps qui n’advient
Un livre peut-être
à écrire
qui ne serait
ni la nuit ni le jour
Mais cette fenêtre
grande ouverte
Et rien après
Qu’une pièce inexplorée
silencieuse
d’inquiétude

Le temps
sourd
Sape de ce qui est
passé
Déjà atteint
En suspens au bord du vide
miné par l’instant


            Évelyne Morin





Évelyne Morin, née à Tulle, vit en Essonne.
Poète, professeure de lettres, comédienne, elle a publié une vingtaine de recueils (dernières parutions : Matin de l’arbre levant, Le Nouvel Athanor, 2014 ; Le Bois des corbeaux (Photos d’Éliane Morin), Gros textes/Les Tilleuls du square, 2015 ; Ronde noire (illustrations d’Alexandre Hollan), est à paraître aux éditions Jacques Brémond.
Elle contribue à plusieurs revues, dont Les Cahiers du sens, Comme en poésie, Concerto pour marées et silence, revue, Décharge, Diérèse, Interventions à haute voix, Poésie/première, Souffles, Verso…), et anthologies (L’Athanor des poètes anthologie 1991-2011 par Jean-Luc Maxence et Danny-Marc (Le Nouvel Athanor 2011), Ouvrir le XXIème siècle, 80 poètes québécois et français Mœbius & Cahiers du sens 2013…)

Elle assure la programmation de Poésie&musique.orge (partenariat entre la MJC de Savigny-sur-Orge et la Compagnie Théâtrale Les Trois Clous).


lundi 14 mars 2016

LECTURE VERSO DU 1er AVRIL 2016

La lecture Verso du vendredi 1er avril a réuni : Arlette Perussie, Claire Rengade, Florence Vivant.

Claire Rengade, invitée aux rencontres de Saint-Martin d'Hères en novembre dernier, sur le thème du travail, mit en scène un demandeur d'emploi et son interlocuteur en poussant le rapport nov-langue et langue commune jusqu'à l'absurde. Un moment extraordinaire.



Arlette Perussie scrute les apparences, leur jeu de miroirs. Qui sommes-nous ? Qui nous hante ? "Que veux-tu inconnu à venir dans mes soirs / Briser la quiétude des nuits fabriquer des cauchemars ? Serais-tu l'invisible remords l'inconsolable vide ? (...)"



Florence Vivant dénonce la machine impitoyable qui détruit l'humanité : "La nuit se referme sur toi, / mon frère / et la lumière que tu retiens / encore en toi / est plus vive / que ce soleil lointain / qui éclaire des hommes malades / de ne pas trouver leur chemin (...)"

lundi 8 février 2016

VERSO N°163




Au sommaire de ce numéro :

Tristan Allix, Patrice Blanc, Gabrielle Burel, Chloé Charpentier, François Charvet, Irène Duboeuf, Mélanie Fourgous, Hubert Fréalle, Michel Gendarme, Valérie Grégoire, Anéis Karouëne, Miloud Keddar, Kiko, Gérard Lemaire, Michel L'hostis, Lodi, Alain Jean Macé, Eric Von Neff, Didier Ober, Grégory Parreira, Christophe Petit, Patrick Picornot, Stéphane Robert, Nicolas Rouzet, Estelle Sciortino, Pauline Ségalat, Michel Serraille, William Shakespeare, Gildas Veneau, Florence Vivant, Sanda Voïca, Catherine Zittoun.




préface par alain wexler



Soyons hommes & femmes livres



Préface ou éditorial ? Un chef d’état retenu dans un lieu peu recommandable, pendant toute une nuit, un pistolet sur la tempe afin qu’aux pillards, son pays soit livré, où cela s’est-il vu, où cela s’est-il vu ? Que cette nation soit le berceau de la démocratie et du théâtre, est-ce un hasard ? Que ce fût là aussi que l’on célébra l’intelligence – lire l’Odyssée – que des hommes censés gouverner l’Europe refusent aux peuples de ce continent de choisir la façon dont ils seront gouvernés, cela s’est-il vu, cela s’est-il vu ? Oui malheureusement sous la botte nazie. Il faut que cela soit dit. Sinon quel sens donner à la liberté  ? Quelle poésie sans liberté ? La poésie est création, pas de création sans liberté ni démocratie. Il fallait que cela  fût dit. Le livre est liberté.

Le temps presse, soyons hommes et femmes livres, la formule est de Nicolas Rouzet. Sans les mots quelle serait ta place au monde ? écrit François Charvet. L’anaconda vient d’avaler le monde, il n’a pas d’yeux. On n’en a pas besoin pour avaler le monde ! Erich von Neff est plein de surprises. Dans cet ensemble de textes je ressentais comme une vacuité. Le retour au ciel au fil des pages n’y était pas pour rien mais celui-ci n’était qu’une aspiration vers la beauté. Souvent nous nous projetons dans le ciel comme dans un livre. Ce qui arrive dans un des textes de Pauline Ségalat, où la jeune femme qui voulait se baigner dans la mer et couverte de baisers par son amant crée sur son lit la fiction de cette baignade. Femme livre qui se mire dans un livre !
Des hommes et des femmes livres s’interrogent et se révoltent au fil des pages ou s’échappent vers ce quelque chose qui m’avait donné  l’impression d’une vacuité. La liberté, simplement.

  
 EXTRAIT : 


miloud keddar



Le refus



      La pierre aveugle est ce matin blanche, une coulée de lumière. Mais le passant prudent ne peut accéder à son chemin, la pierre est parfois d’une lumière qui se refuse.

(Le château de Crussol est la beauté en ses ruines, celle qui veut qu’en ses hauteurs on ne peut vivre)

Qu’écrire quand la voie se refuse, quand le signe est aveugle  ?
Le ciel est gris ce matin peut-être, je ne vois pas le jour, il ne pleut pas entre mes mains.

La ruine est ce qui te déchire, poésie. Le ciel est blanc cette nuit, pleuvra-t-il demain entre mes mains ?